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Une interview de María Teresa Fernández de la Vega

Première femme espagnole à occuper le poste de vice-premier ministre, Maria Teresa Fernández de la Vega s’est attachée à renforcer les droits des femmes,sur des thèmes comme la violence conjugale,le divorce ou l’accès à l’avortement. La numéro deux du gouvernement de José Luis Zapatero est à l’origine de la «loi intégrale contre la violence de genre ».


La première initiative législative de Zapatero en 2004 a été une loi contre les violences faites aux femmes, dans les domaines de l’éducation, de la santé, des médias, des entreprises, de la culture… À quelle situation répondait cette «loi intégrale contre la violence de genre» ?

La violence exercée contre les femmes est l’une des grandes préoccupations de la société, non seulement en Espagne, mais aussi à l’échelle mondiale. Ce phénomène souligne l’inégalité entre hommes et femmes, et le rôle de soumission auquel sont reléguées les femmes dans tous les domaines de la vie. Aussi est-il nécessaire, pour lutter contre ce type de violences, de mettre en place une loi globale qui intègre les moyens pour les combattre à tous les niveaux, et qui prenne en compte toutes les perspectives du problème. Bien entendu, il est important d’agir à court terme, pour une protection efficace des femmes maltraitées et pour une répression immédiate contre les responsables. Nous sommes en train de le faire en concertation avec la police,et en
créant des punitions spécifiques à la violence de genre. Mais il faut aussi agir à moyen et long termes, grâce à une éducation sur l’égalité, pour une prise de conscience de l’ensemble de la société, parce qu’il ne fait aucun doute que l’égalité réelle entre les genres sera seule capable de mettre fin à cette tragédie.
Quels ont été les écueils rencontrés pour mettre en place cette loi-cadre et pour la faire appliquer?

Cette loi a été approuvée à l’unanimité par le Parlement. Et ce n’est pas commun en Espagne ! Mais la loi est ambitieuse, et ce n’est jamais facile de faire bouger des structures aussi complexes que celles des normes qui régissent la vie sociale. Mais nous sentons que l’ensemble de la société soutient, depuis le début, un programme politique où la lutte contre les violences faites aux femmes est une priorité.

Presque trois ans plus tard, quels enseignements tirez-vous de cette loi ?

En réalité, elle a été approuvée dans les derniers jours de l’année 2004.Mais elle est en application depuis assez de temps pour se rendre compte qu’il est nécessaire de vérifier que dans tous les espaces, publics ou privés, la population a conscience que ce phénomène nous affecte tous. Par ailleurs, la formation des forces de l’ordre, des procureurs, et du personnel médical, est fondamentale. Et nous devons toujours avoir en tête la grande difficulté qu’engendre la lutte contre tous les mauvais traitements. En premier lieu parce que leur origine vient de plusieurs siècles d’une culture fondée sur des inégalités profondes. Mais aussi parce qu’il s’agit de sentiments et d’émotions humains toujours très complexes à régler.

Ségolène Royal a promis, si elle est élue, de faire de ce combat l’objet de sa première mesure
législative. Quels conseils pourriez-vous lui donner?

Il me semble que Ségolène Royal n’a besoin d’aucun conseil sur ce sujet. Elle connaît très bien le problème et elle a une vision très claire du chemin à prendre pour y faire face. Mais il est clair que les responsables politiques, au moment de mettre en place un projet, prennent en compte les exemples susceptibles d’exister dans d’autres pays. Nombreux sont ceux qui ont regardé vers l’Espagne quand nous avons été les premiers à légiférer sur un tel sujet.

Où en est, en Espagne, le combat pour l’égalité des droits entre lefemmes et les hommes ?

En toute humilité, on peut dire que l’Espagne est actuellement en train de tracer le chemin de la lutte pour l’égalité. Nous avons été les premiers à promulguer une loi intégrale, un ensemble de mesures pour combattre, sur tous les fronts et à tout moment, les violences de genre. De plus, depuis le début, notre gouvernement, et plus particulièrement le Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero, a placé la mise en oeuvre d’une égalité réelle entre hommes et femmes au centre de ses actions. Il serait très long d’énumérer toutes les mesures mise en oeuvre depuis trois ans. L’Espagne contribue ainsi de manière importante à l’amplification du débat internationalsur l’égalité des droits et le rôle que doivent jouer les femmes dans toutes les sphères de la société. Le sujet « femmes » n’a pas de frontières.

Le gouvernement espagnol a-t-il en projet d’autres lois pour améliorer encore l’égalité entreles sexes ?

En ce moment, le Parlement finalise une loi très importante. Il s’agit de la « loi d’égalité », dont le but, une fois encore est d’agir sur l’ensemble de la société, depuis la nécessité d’établir la parité sur les listes électorales jusqu’à la création de comités d’égalité dans toutes les entreprises d’une certaine taille, en passant par des mesures facilitant l’accès à la maternité et à la paternité. C’est une loi très ambitieuse, qui ouvre la voie à une authentique égalité des chances entre les hommes et les femmes.

L’Espagne se montre très en pointe sur les réformes sociétales. Est-ce un vrai point de clivage
entre la gauche et la droite ?

L’objectif que notre gouvernement s’est fixé dans ce domaine est de reconnaître et d’amplifier les droits des citoyens et d’éliminer toute forme de discrimination. Quand nous avons réformé la loi autorisant le mariage entre les personnes de même sexe, nous avons permis à ces dernières d’accéder à des droits dont on les privait auparavant. Quand nous avons éliminé les obstacles et diminué les temps d’attente pour les divorces, nous avons reconnu le droit des citoyens à divorcer sans motiver leur acte, tout comme on n’a pas besoin de se justifier pour se
marier. La reconnaissance de droits civiques, l’élargissement des libertés et la possibilité de choisir pour les citoyens sont les signes distinctifs des progressistes, car ces derniers poursuivent un idéal de justice, et il n’y a pas de justice sans droits et sans libertés.

Vous avez été la première femme espagnole à occuper le poste de vice-premier ministre; comment percevez-vous l’accession possible d’une femme à la présidence de la République française ?

Avec un grand enthousiasme. Qu’une femme puisse être présidente de la République française, qu’elle soit candidate, avec des espérances fondées pour accéder aux plus hautes responsabilités, c’est un grand événement, très significatif pour toutes les femmes, françaises, espagnoles et du monde entier. Je suis convaincue que le XXIe siècle sera celui des femmes. Et des trajectoires comme celle de mon amie Ségolène Royal constitueront un point de repère sur le chemin qui nous mène à l’égalité réelle.

Propos recueillis par Ariane Gil

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