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INSTITUTS FRANÇAIS EN DANGER

Extrait de l’article « Haro sur le baudet » de Libération sur http://www.liberation.fr/theatre/0101555991-haro-sur-le-baudet et de « Non au sabotage » sur http://www.liberation.fr/theatre/0101555989-non-au-sabordage

L’actuelle mise en coupe systématique de ce que l’on appelle « le réseau », soit l’ensemble des Instituts et Centres culturels français à l’étranger, ne date pas d’aujourd’hui. Entamée à l’aveugle et par facilité depuis plusieurs années, au vu de résultat parfois médiocres (mais jamais analysés) de ces institutions historiques, elle aborde aujourd’hui sa phase finale et « rationalisée » : le sabordage.

Olivier Poivre d’Arvor, à la tête de Cultures France depuis 10 ans, et en charge du rayonnement de la culture française à l’étranger, semble avoir découvert seulement maintenant que l’action de Cultures France dans le monde est illisible. Sans se sentir responsable de cette évolution, s’il appelait autrefois les fonctionnaires à se rebeller contre les coupes budgétaires du Quai, celles effectuées aujourd’hui ne semblent plus le gêner.

D’autre part, le rapport sur l’action extérieure de l’Etat du Sénateur Gouteyron, s’il nourrit le débat, présente le réseau culturel français comme un dispositif sous perfusion et sans rayonnement. C’est méconnaître la portée de son action sur le terrain.
Le réseau culturel (centres et instituts culturels et Alliances françaises) accueille et forme des centaines de jeunes étrangers, et contribue à diffuser les idées et projets de milliers de penseurs, architectes, chercheurs, artistes français . Son rôle est bien plus important qu’on ne le pense.

A l’image de ses partenaires européens la France se doit de faire évoluer son réseau : la modernisation et le recentrage de l’action de l’Etat sur des priorités ne sont pas des concepts vides. Mais ils ne doivent pas servir d’alibi à des restrictions budgétaires qui font plus penser à un auto-sabordement qu’à une rationalisation.

Les chiffres sont dramatiques : quand d’une année sur l’autre, le Ministère des Affaires Etrangères qui prétend conduire la diplomatie culturelle française, réduit ses dotations de 15% à 30% selon les pays et annonce que ces diminutions se poursuivront en 2010 et en 2011, comment ne pas imaginer les conséquences sur l’action des postes diplomatiques ?

Sait-on aussi que le réseau s’autofinance dans des proportions très honorables (54% pour la zone OCDE) et qu’il est capable de lever des fonds importants pour des projets de grande envergure ? Sait-on par exemple, que chaque dollar investi dans la Fondation FACE (French American Cultural Exchange), créée à l’initiative du Service culturel, a un effet démultiplicateur sur les cofinancements selon un ratio de un pour dix en moyenne ? Quand on met un euro d’argent public dans le financement de notre réseau, on triple la mise en moyenne en cofinancement externe.

En quoi consiste cette fameuse réforme ? Grosso modo il s’agit de s’apercevoir soudain que notre patrimoine immobilier à l’étranger est désormais inutile, ainsi que le sont les « trop nombreux » fonctionnaires affectés à la diffusion de la langue et de la culture françaises. En conséquence de quoi les Services culturels et scientifiques des Ambassades seront quasi « fusionnés » avec les Centres installés sur le territoire ; ils décideront eux-mêmes de « programmes structurants » à déployer dans l’ensemble du pays, avec concentration des ressources et des procédures ; les Directeurs d’Institut seront remplacés par des « délégués culturels » (« un bureau, un téléphone, une secrétaire ») chargés de mettre en œuvre la politique imposée en casant dans les lieux ad’hoc de leur ville de résidence les opérations élues par le Conseiller culturel de l’Ambassade.

Quant à la diffusion de la langue – soit la vente de cours de français grâce à laquelle les Instituts s’autofinancent, en moyenne, à 75 % -, elle sera confiée à l’Alliance française, soudain jugée miraculeusement efficace.

L’action du réseau culturel français se situe depuis longtemps dans une logique de partenariat où l’enjeu serait plutôt de répondre à la demande culturelle, toujours forte en direction de la France, tout en sachant promouvoir des offres nouvelles. Il y a des lustres que tout directeur d’Institut ou d’Alliance française digne de ce nom situe l’essentiel de ses actions hors les murs.

A propos, est-il à ce point contre-productif de posséder un lieu identifiable par tous, abritant des centres de ressources documentaires en français qui font parfois font cruellement défaut, même en Europe, et permettant d’organiser quelques manifestations de haute tenue ? Et pourquoi, dans ce cas, plus de quarante pays ont-ils choisi d’installer un centre culturel à Paris, certains tout récemment ?

Ne faisons donc pas du marché la référence ultime, alors même que la France s’enorgueillit à juste titre d’avoir initié la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle, pour faire reconnaître la nature spécifique des biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens.

Il arrive ainsi aux fonctionnaires, même ceux qui servent le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes de bien faire leur métier et d’avoir la connaissance et les contacts utiles pour nos créateurs et artistes à l’étranger. En réalité, il est surtout regrettable que le Ministère des Affaires étrangères et européennes ne sache ou, pire, ne veuille pas défendre son outil culturel, parce que nombre de diplomates ne jurent que par leur «coeur de métier» et portent sur la culture un regard au mieux dépassé, au pire condescendant…avec les oreilles complaisantes de quelque courtisan du pseudo microcosme culturel parisien.

Plus sur
http://www.liberation.fr/culture/0101555896-feu-croise-sur-olivier-poivre-d-arvor « Feu croisé sur Olivier Poivre d’Arvor »
http://www.liberation.fr/theatre/0101555989-non-au-sabordage « Non au sabotage »

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