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Notre revue de presse sur le mariage pour tous

Le mariage civil est désormais universel (texte de Christiane Taubira)

Ça y est. C’est fait.
Je peux donc passer aux aveux. Et vous faire part des tourments qui m’ont habitée.
Jusqu’alors, les couples de même sexe pouvaient construire leur projet conjugal et leur projet parental soit par l’union libre, soit par le Pacte civil de solidarité. Le mariage, à la fois contrat et institution, leur demeurait zone interdite.
L’histoire du mariage civil, à travers son expression de liberté, par le consentement et par le divorce ; à travers la protection de la plus ou du plus vulnérable, assurée par l’entremise du juge ; à travers l’égalité conquise par les femmes et inscrite dans la loi ; à travers la sécurité apportée aux enfants par l’intervention du juge ; cette histoire résolument républicaine plaide pour que les couples de même sexe qui en étaient exclus, puissent y accéder.
Cette ouverture est bien fondée, j’en demeure persuadée. Et aucun des arguments, surtout pas celui qui promeut l’union ou l’alliance civile visant à créer une espèce de zone juridique spéciale, ne vient sérieusement démontrer le contraire. Bien au contraire.
Mais en être moi-même fermement convaincue, était-ce assez ? Cela ne me suffisait pas. Partager cette conviction avec une majorité de Français, tel que l’indiquaient les sondages, ne me contentait pas davantage.
J’ai donc écouté attentivement les arguments des opposants.
J’ai parié sur la bonne foi, dans un premier temps. Avec raison, d’ailleurs, car il convenait d’apporter des réponses aux interrogations et aux inquiétudes des Français.
Nous avons été nombreux à nous y employer. Les parlementaires, généreusement, l’ont fait dans leurs territoires. Et l’opinion progressa.
Puis la raison céda le pas. Le raisonnement dut faire place aux slogans. La raison s’inclina devant la passion.
Mais quelle passion ? Celle spécifiquement qui n’entend rien, ne veut rien entendre d’autre que son propre brouhaha.
J’ai dès lors perçu ma responsabilité comme relevant de ce que Vladimir Jankélévitch appelle le ‘Pluriel en première personne, ce principe de conciliarité, qui permet de retrouver la nature ‘chorale’ de l’existence’.
Car, quel reproche pouvait être fait à ce texte qui, tenant compte du pluralisme familial, apporte protection et sécurité à des milliers d’enfants ? Qu’enlève-t-il à d’autres ? En clair, qu’y a-t-il de plus précieux pour les couples hétérosexuels et les familles hétéro-parentales, et l’aurait-on altéré?
La filiation biologique ? C’est le titre VII du code civil. Personne n’a touché à une virgule de ses articles. Et les mots de père et mère y sont intégralement demeurés.
La présomption de paternité ? Elle demeure intacte dans le code civil.
L’exercice de l’autorité parentale ? Nous l’avons consolidé grâce à ce texte, et cela profitera à tous.
Le partage de l’autorité parentale ? Nous l’avons facilité grâce à ce texte, et cela profitera à tous.
Le maintien des liens avec les enfants en cas de séparation conflictuelle hors mariage ? Nous y pourvoyons par ce texte, et cela profitera à tous.
L’encadrement de la séparation et la préservation des droits ? Nous n’avons fait aucune soustraction ; ces droits sont étendus à d’autres, ils ne sont pas réduits pour ceux qui en jouissaient déjà.
Le nom de famille, en cas de désaccord ? Nous en simplifions l’attribution.
Le choix du lieu du mariage ? Nous en accroissons les possibilités, pour tous.
En ouvrant la maison commune du mariage civil aux personnes homosexuelles, nous mettons un terme à la contestation sournoise de leur citoyenneté. Nous réaffirmons fortement leurs droits. Et dans le climat actuel, il convient de rappeler que l’égalité se traduit par l’accès de tous aux dispositifs de droit commun et aux institutions. Par l’inclusion.
Et je veux dire en particulier aux adolescents, à celles et ceux qui, en plus d’être blessés, ont pu être désorientés par des mots, des gestes, des actes ; à celles et ceux que le désarroi a pu désemparer face à la sublimation des égoïsmes ; je veux leur dire que chaque personne est singulière ; que chaque personne a ses qualités, ses talents, ses fragilités et ses mystères ; c’est cela l’altérité, et c’est même la condition de la relation en société.
Je veux leur dire de rester parmi nous et de garder la tête droite.
La lutte contre les discriminations est une exigence du Pacte républicain. C’est la responsabilité de la puissance publique que d’y veiller.
Nous devons le dire, à haute et à claire voix, car ‘Les vérités tues, prévenait Nietzsche, deviennent vénéneuses’. Ainsi parlait Zarathoustra. (Huffington Post)

La France autorise le mariage homosexuel
Le Parlement a définitivement adopté ce mardi le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels, à 331 voix pour et 225 contre.
La France est devenue mardi le 9e pays européen à autoriser le mariage homosexuel, le 14e dans le monde, par un vote historique de l’Assemblée nationale. 331 députés ont voté pour le texte, 225 contre, et dix se sont abstenus. Cette dernière étape met fin à un marathon législatif de 136 heures et 46 minutes de débats. Le vote a provoqué moult applaudissements à gauche dans l’hémicycle, où les députés ont scandé «égalité, égalité».
Selon l’analyse du scrutin publiée par l’Assemblée, six députés UMP ont voté pour dont Franck Riester, Benoist Apparu, Alain Chrétien, Marianne Dubois, Luc Chatel et même, surprise, Henri Guaino, pourtant un des plus fervents opposants au texte… Il s’agissait finalement d’une erreur de manipulation : seuls Riester et Apparu ont réellement voulu donner leur voix au texte, les quatre autres, dont Chatel et Guaino, ont fait savoir qu’ils avaient voulu voter contre. Au centre, cinq élus UDI ont voté en faveur du texte, dont Yves Jégo et Jean-Louis Borloo.
La garde des Sceaux Christiane Taubira, qui a porté ce texte, a fait part de sa «fierté» et rendu hommage au travail des parlementaires dans un hémicycle où les rangs de la droite avaient été quasi désertés à peine le vote achevé. Une standing ovation a accompagné ses propos avant que les ministres, sur leur banc, se congratulent et s’embrassent. La ministre de la Justice a en outre fait savoir que les premiers mariages pourraient être célébrés «en juin». «Nous pensons que les premiers mariages seront déjà beaux, qu’il soufflera dans ce pays un souffle d’allégresse, et ceux qui contestent aujourd’hui seront sûrement confus d’être saisis par l’émotion du bonheur des mariés et de la joie des familles», a-t-elle assuré.
Pour célébrer cette adoption historique, les partisans de la réforme ont appelé à se rassembler. Le collectif «oui, oui, oui» a organisé ainsi une célébration près de l’Assemblée nationale, tandis que l’Inter-LGBT avait prévu, elle, un rassemblement à proximité de l’Hôtel de Ville. Des évènements analogues étaient prévus dans le reste de la France, à Toulouse, Marseille, Aix-en-Provence, Montpellier, ou encore Lyon.
En Europe, de telles unions civiles existent, notamment depuis 2001 en Allemagne et depuis 2007 en Suisse. Dans huit autres pays européens (Pays-Bas, Belgique, Espagne, Norvège, Suède, Portugal, Islande et Danemark), c’est le mariage lui-même qui est autorisé. Toutefois, au Portugal, l’adoption est exclue.
Pour autant, les opposants à la réforme ne désarment pas. Peu de temps avant le début du vote, deux opposants avaient tenté depuis les tribunes du public de déployer une banderole avant d’être évacués. Le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, très agacé, a lancé à leur adresse: «Sortez-moi ces excités, les ennemis de la démocratie n’ont rien à faire ici!»
Leader du mouvement d’opposition, Frigide Barjot, du collectif la Manif pour tous et qui était présente dans les tribunes du public à l’Assemblée, a été copieusement huée à sa sortie de la séance. Les «anti» continuent d’appeler à se mobiliser dans tout le pays, notamment à Chambéry, Bordeaux ou La Roche-sur-Yon.
Forte de l’ampleur du mouvement d’opposition, la droite espère toujours que le gouvernement renoncera finalement à sa réforme. La plupart de ses responsables clament qu’elle reviendra de toute façon sur ce texte en cas d’alternance. Même si certains, à l’instar du député UMP Philippe Gosselin dans un tweet, estiment qu’il y a «un effet cliquet sur tous sujets de société. On ne revient pas en arrière !» et que c’est donc maintenant, ou jamais, que la bataille se joue.
Et dans l’immédiat, les parlementaires UMP ont d’ores et déjà préparé un recours devant le Conseil constitutionnel. La ministre déléguée chargée de la Famille, Dominique Bertinotti, a toutefois affiché sa «confiance» dans la validité du texte. «Nous avons fait en sorte qu’il n’y ait pas de fragilité juridique», a-t-elle dit. «Il est clair que la loi va s’appliquer sans doute d’ici juin ou septembre. Les mariages seront valables, on ne démariera pas», a déclaré sur France 2 la chef de file du mouvement la Manif pour tous, Frigide Barjot. Mais elle a justifié la poursuite de la mobilisation par la nécessité de proposer «une autre solution» : celle de l’union civile qui, contrairement au mariage, n’aurait pas de conséquence sur la filiation.
L’ancien ministre UMP Christian Estrosi est quant à lui revenu sur le fait que, dimanche, des députés de son mouvement ont défilé derrière la même banderole que l’élu Front national Gilbert Collard, pour le déplorer. Il a souligné avoir lui-même choisi de ne «pas manifester» pour «éviter de se retrouver dans une situation inconfortable, à côté de gens que je n’ai pas envie de supporter», a-t-il dit.
Lundi, l’ambiance autour du projet de loi s’était singulièrement crispée avec l’envoi d’une lettre contenant de la poudre de munition à Claude Bartolone, le président PS de l’Assemblée nationale. Plusieurs personnalités se sont alarmées de ce développement, à commencer par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui a souligné qu’il fallait prendre une telle menace «très au sérieux». La garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui a porté de bout en bout le projet, s’est déclarée «très inquiète de l’ambiance générale», dénonçant un «climat d’intolérance».
Lors de la première lecture, le 12 février, seuls quatre députés du groupe socialiste avaient voté contre et un seul au Front de gauche, écologistes et radicaux de gauche ayant été unanimes sur le sujet. En février, seuls Benoist Apparu et Franck Riester avaient, à l’UMP, approuvé la réforme. A l’UDI, cinq députés, dont Jean-Louis Borloo, leur chef de file, et Jean-Christophe Lagarde, leur porte-parole, avaient fait de même. A droite comme au centre, ils avaient été en revanche assez nombreux à s’abstenir, notamment Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Pierre Lellouche. (Libération)

« Mariage pour tous » : les dix questions-clés qui se posent après le vote
1. Quand aura lieu le premier mariage homosexuel ? Dès le projet de loi voté, les parlementaires opposés au texte ont déposé un recours au Conseil constitutionnel, qui dispose d’un mois pour se prononcer sur une éventuelle censure de la loi. Si le Conseil constitutionnel ne censure pas le texte, le président de la République promulguera ensuite la loi, qui sera publiée au Journal officiel. Il faut ensuite compter encore dix jours pour la publication des bans, obligatoire pour l’organisation des mariages. Le gouvernement espère donc que les premières cérémonies auront lieu entre la mi-juin et la fin juin.
2. Le texte pourrait-il être retoqué par le Conseil constitutionnel ? Les parlementaires de l’UMP qui ont déposé un recours devant le Conseil constitutionnel entendent s’appuyer sur la démonstration que la loi déférée induit « une réforme de civilisation ». Aussi estiment-ils que l’adoption de ce texte aurait nécessité des conditions particulières et que celles-ci n’ont pas été remplies, en faisant notamment référence au refus de recourir au référendum – qu’en l’état, la Constitution n’autorise pas.
3. Une fois la loi votée, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) peut-elle imposer à la France de légaliser la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) ? Les opposants au « mariage pour tous » estiment que la CEDH peut imposer à la France de légaliser ces deux pratiques au nom du principe de non-discrimination entre les couples. Il est très difficile de prévoir une décision de la CEDH. Mais celle-ci a déjà tranché la question de la PMA dans un arrêt en 2011, en laissant aux Etats une liberté d’appréciation sur le sujet.
Par ailleurs, le dossier ne pourrait pas être porté devant la CEDH dans ce quinquennat. Il faudrait qu’un couple voulant pratiquer la PMA épuise toutes les voies de recours en France, jusqu’à la Cour de cassation. Le processus pourrait déjà prendre cinq ou six ans. Puis le couple s’adresserait à Strasbourg. La question étant sensible, le cas pourrait encore prendre de trois à cinq ans.
4. L’opposition pourrait-elle abroger ce texte de retour au pouvoir ? Si le législateur est souverain, il paraît néanmoins difficile de revenir en arrière une fois le texte voté. Les juristes mettent en avant « l’intangibilité de l’état civil, grand principe du droit civil » ou l’article 2 du code civil selon lequel « la loi dispose pour l’avenir, elle n’a point d’effet rétroactif ».
5. Des maires pourraient-ils refuser de célébrer certains mariages en arguant d’une liberté de conscience ? Certains maires ont annoncé qu’ils ne célébreraient pas de mariages homosexuels. Dans la mesure où un adjoint peut célébrer ces unions, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, le maire n’a pas à justifier des raisons de son refus.
6. Les termes père et mère vont-ils disparaître du code civil ? Le rapporteur du texte, Erwann Binet (PS), a fait voter un amendement-balai visant à une réécriture de l’article 4 qui indique que les dispositions du code civil s’appliquent « aux parents de même sexe lorsqu’elles font référence aux père et mère », « aux aïeuls de même sexe lorsqu’elles font référence aux aïeul et aïeule », etc. L’adoption de cet article-balai a fait tomber de très nombreux amendements et a permis de raccourcir considérablement l’examen du texte.
« Les termes de ‘père’ et ‘mère’ restent inchangés pour les couples hétérosexuels, a répété la ministre de la famille, Dominique Bertinotti, dans un chat sur Le Monde.fr mardi 23 avril. La notion de parent est simplement ajoutée quand cela permet d’éclairer la lecture d’un certain nombre de codes. »
7. Pourquoi le référendum d’initiative populaire est juridiquement quasi impossible ? Le projet de loi sur le mariage pour tous ne peut sans doute pas être l’objet d’un référendum. L’article 11 de la Constitution de 1958, à jour de la révision constitutionnelle de 2008, prévoit que le président de la République peut prendre l’initiative de soumettre au référendum tout projet de loi portant notamment « sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale ». Or, estimait le constitutionnaliste Didier Maus dans Le Monde, « dans l’interprétation traditionnelle, le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut être considéré comme un sujet de politique sociale », « c’est davantage une réforme sociétale du code civil ». L’UMP a rétorqué en évoquant la possibilité d’un référendum d’initiative populaire, en principe permis par la réforme constitutionnelle de 2008. Mais la loi organique qui doit permettre à ce principe d’entrer en vigueur n’a jamais été publiée, l’UMP, alors majoritaire, souhaitant d’abord en préciser les termes. Mais dans tous les cas, l’hypothèse suppose que François Hollande souhaite organiser ce référendum, ce qu’il ne compte pas faire, puisqu’il juge que son élection, alors que son programme prévoyait le mariage pour tous, a tranché la question.
8. Que va changer la loi en matière d’adoption ? La nouvelle loi va simplement autoriser les couples homosexuels, qui pouvaient déjà adopter en tant que personnes seules, à le faire en couple.
9. Que va-t-il se passer pour la procréation médicalement assistée ? L’exécutif a choisi de dissocier le texte sur le mariage pour tous de celui sur la PMA, qui sera débattu dans le cadre d’une loi sur la famille. De fait, l’adoption probable du premier texte laissera une ambiguïté dans la loi jusqu’à un éventuel vote de la PMA pour tous. François Hollande a saisi le comité consultatif national d’éthique sur cette question. « Cela ne préjuge en rien ce que sera l’arbitrage du gouvernement », a rappelé la ministre de la famille Dominique Bertinotti dans un chat sur Le Monde.fr mardi 23 avril.
10. La gestation pour autrui sera-t-elle votée lors du quinquennat de François Hollande ? La droite en a fait un angle d’attaque principal lors des débats à l’Assemblée sur le « mariage pour tous ». « Aujourd’hui, le sujet n’est pas suffisamment mûr pour pouvoir faire l’objet d’un débat, a répété la ministre de la famille Dominique Bertinotti dans le chat du Monde.fr du mardi 23 avril. La position de François Hollande est claire : il n’y aura pas d’ouverture du débat sur la GPA pendant son quinquennat. » (Le Monde)
« Mariage pour tous » : les points du recours que l’UMP va déposer
L’UMP a annoncé, aussitôt après le vote définitif par l’Assemblée de la loi instaurant le mariage entre personnes de même sexe, qu’elle allait saisir le Conseil constitutionnel. Cette saisine était annoncée depuis longtemps. On sait déjà qu’une censure totale du texte est peu probable. Jean-Louis Debré, qui préside le Conseil, a déjà laissé entendre, en janvier, que « le contour du mariage, c’est au Parlement de le définir ». « C’est de la compétence du Parlement, pas de la compétence du Conseil constitutionnel. » En clair, le Conseil constitutionnel n’a pas, selon M. Debré, à se substituer au Parlement pour une évolution sociétale.
Mais il reste la possiblité d’une censure partielle d’un point précis du texte. C’est là-dessus que mise l’UMP, qui a mis en place une équipe de juristes chargés de plancher sur la question. Selon un communiqué du parti d’opposition, voici les points sur lesquels le recours est formulé :
– Insuffisance manifeste des travaux préparatoires : il devrait s’agir de dénoncer le manque d’auditions préalables de personnalités religieuses ou de la société civile.
– Conflit de la loi avec les règles en vigueur du droit public international : on peut ici imaginer qu’il s’agit de questions autour des conventions sur les droits de l’enfant.
– La définition du mariage, principe fondamental reconnu par les lois de la République, ne peut être modifiée par une loi simple : il doit s’agir d’arguer qu’il était nécessaire de recourir au référendum au vu de l’ampleur de la loi.
– Les dispositions relatives à la filiation adoptive violent le principe du droit au respect de la vie privée familiale, le principe de la dignité de la personne et celui d’égalité de la personne, tous principes fondamentaux reconnus par les lois de la République : probable allusion à un point évoqué durant les débats : l’Assemblée avait prévu une disposition pour qu’un salarié puisse avoir le droit de refuser un déplacement imposé par son entreprise dans un endroit présentant des risques pour les homosexuels. Cette disposition était prévue pour les couples mariés, mais le Sénat l’a étendue à tous les couples. Selon l’UMP, cela implique de révéler sa sexualité à son employeur, ce qu’elle juge potentiellement anticonstitutionnel.
– Les règles de dévolution du nom de famille inscrites dans la nouvelle loi sont modifiées pour tenter de trouver une solution à l’établissement d’une filiation artificielle : l’Assemblée a effectivement modifié les règles d’attribution du nom de famille, ce qui a donné lieu à de nombreuses passes d’armes entre gauche et droite. En résumé : un article de la loi prévoit qu’en cas de désaccord entre les parents ou en cas de non-choix, le nom de chacun d’eux, accolé dans l’ordre alphabétique, sera donné à l’enfant, alors qu’à l’heure actuelle, c’est le nom du père qui est donné par défaut. C’est sans doute ce point qui est dénoncé.
Autant d’éléments qui, selon les spécialistes, n’ont que peu de chances de faire l’objet d’une censure de la part des Sages. (Le Monde)
Réactions politiques et dans la rue :

« Mariage pour tous  » : les partisans saluent un vote historique, les opposants ne désarment pas :
Après l’adoption définitive au Parlement du projet de loi Taubira, qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, l’Inter-LGBT, fédération des principales associations de défense des droits des homosexuels, a salué mardi 23 avril « une victoire de l’égalité, de la démocratie et du vivre-ensemble ». « Cette loi n’enlève aucun droit à quiconque mais en donne à d’autres. C’est une libération après des années de mobilisation pour l’égalité », déclare le porte-parole de l’Inter-LGBT, qui venait d’assister avec « beaucoup d’émotion » au vote dans la tribune de l’hémicycle.
Harlem Désir, premier secrétaire du PS, estime que « ce jour restera comme une grande date pour l’égalité dans notre pays. Aujourd’hui, la France a choisi le chemin de la fraternité et refusé celui de l’intolérance et de la haine. […] Dans ce moment de joie, nous n’oublions pas le déferlement de déclarations outrancières et homophobes d’opposants au projet de loi, dans la rue comme au Parlement ».
Le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone (PS), s’est dit « heureux », même si des « trublions » ont voulu faire « retarder le vote » et contre lesquels il a annoncé porter plainte (Voir article ci-dessous). « J’ai porté plainte parce qu’il y a un agent qui a été blessé dans cette bousculade, je n’ai pas encore de nouvelle définitive de son état physique. J’ai porté plainte parce qu’il n’y a pas de place pour les ennemis de la démocratie au sein de l’hémicycle, au sein de l’Assemblée nationale, donc je veux que ces actes-là soient sanctionnés », a précisé le président de l’Assemblée nationale.
Pour Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France, apparenté PS, « le président François Hollande et les ministres Christiane Taubira et Dominique Bertinotti ont tenu bon » en dépit d’une « alliance inédite [qui] s’est formée entre l’UMP et le Front national, soutenant un assemblage hétéroclite de catholiques extrémistes, de conservateurs bon teint et d’ultranationalistes ».
Les écologistes, par la voix de leur secrétaire général Pascal Durand, se disent « fiers d’avoir initié, dès 2004 à Bègles, puis activement participé à cette avancée de l’égalité des droits », tandis que Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche, se félicite « de cette avancée de civilisation, ayant toujours été à l’avant-garde du combat contre les discriminations et pour l’égalité des droits ».
L’ancienne ministre de la santé du gouvernement Fillon, Roselyne Bachelot, s’est de son côté félicité de ce vote. « 25 ans de combat, ça le valait bien », déclare-t-elle sur son compte Twitter.
Parmi les opposants, Tugdual Derville, délégué général de l’association anti-avortement Alliance Vita et porte-parole de La Manif pour tous, considère que « cette loi démocratiquement votée est injuste et, en ne respectant pas les droits des citoyens les plus vulnérables, elle blesse la démocratie. Nous continuerons donc à nous y opposer avec la même fermeté paisible, sans entrer dans la virulence, et en luttant contre toute homophobie, comme nous nous y sommes employés depuis toujours ».
Dans un communiqué, les sénateurs UMP et UDI-UC, qui ont saisi le Conseil Constitutionnel, font valoir notamment qu’il existe un « conflit de la loi avec les règles en vigueur du droit public international » et que « la définition du mariage, principe fondamental reconnu par les lois de la République, ne peut être modifiée par une loi simple ». Par ailleurs, selon eux, « les dispositions relatives à la filiation adoptive violent le principe du droit au respect de la vie privée familiale, le principe de la dignité de la personne et celui d’égalité de la personne, tous principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ».
Le mouvement du Printemps français, dans un communiqué, déclare entrer « en dissidence contre le régime de François Hollande. Quand tous les moyens légaux ont été épuisés, il ne reste que l’insoumission ! ».
Sur son compte Twitter, Christine Boutin, présidente du Parti Chrétien-Démocrate, en appelle à « la résistance pacifique ». La loi définitivement adoptée, les opposants ne désarment pas. (Le Monde)
A voir également le lien suivant pour la vidéo de la réaction de Christiane Taubira : http://www.lemonde.fr/societe/video/2013/04/23/christiane-taubira-submergee-par-l-emotion_3165007_3224.html

Montpellier, Madame le maire prête à marier Vincent Autin
A Montpellier, ce 23 avril, la mairie a fait en sorte que la communauté homosexuelle puisse montrer sa joie après le vote de la loi sur le mariage pour tous : une estrade et une sono attendaient Vincent Autin, figure LGBT (Lesbian, Gays, Bis et Trans de France) emblématique, les responsables des différentes associations, mais également les élus, les syndicats et tous ceux qui ont défendu cette cause depuis plusieurs mois.
Au total, sur la place de la Comédie qui est le centre névralgique de la ville, plusieurs centaines de personnes étaient venues fêter l’adoption de la loi. Autour, quelques policiers discrets et détendus, et aucune contre-manifestation dans une ville qui n’en a quasiment pas connu depuis le début des débats autour de ce texte. Arrivée bien avant le gros des troupes, une femme d’une cinquantaine d’années tient fièrement une pancarte indiquant « Je vais marier mon fils ».
Cette femme est la mère de Vincent Autin, qui espère être le premier à bénéficier de la nouvelle loi en se mariant avec son compagnon, Bruno, à la mairie de la ville.
La maire Hélène Mandroux (PS) le souhaite, et Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, s’y était engagé : c’est ici que sera célébré le premier « mariage pour tous ».
Dans la foule, beaucoup sont fiers de l’honneur qui est fait à Montpellier, et trouvent qu’il s’agit d’un juste retour des choses : « Montpellier est une ville de tolérance, explique ainsi Lydia, étudiante. C’est connu, et c’est pour cela qu’il n’y a quasiment pas eu de contre-manifestation dans la ville ! »
Tout le monde en convient, « Montpellier serait une ville gay ». Personne ne sait trop ce que recouvre ce terme. Pour les uns, Montpellier est la deuxième ville gay de France après Paris, pour d’autres, cette expression désigne davantage le travail fait par les élus : « Montpellier a toujours été en pointe dans ce combat, explique Cécile, venue avec sa compagne et ses deux enfants, que sa compagne espère bientôt adopter. Elle a été une des premières villes à célébrer les pacs en salle des mariages. Cette sensibilité tient sans doute au fait que la ville avait été très impactée par le sida, avec notamment la mort du danseur Dominique Bagouet au sommet de son talent. Regardez la gay pride : ici, elle prend toujours une ampleur particulière. Et le maire, Hélène Mandroux, est toujours présente. »
Certains n’hésitent pas à prendre quand même un peu de recul par rapport à l’événement du jour, comme Elodie, venue avec sa compagne, mais qui ne compte pas se marier dans la foulée : « On va attendre un peu, histoire que notre mariage soit vraiment notre fête à nous, pas la fête d’un événement. On va se marier le 9 août 2014, cela laissera aux cousins le temps de venir ! »
D’autres figures ont choisi de ne pas descendre dans la rue, ni aujourd’hui ni les jours précédents. « En dehors du Sidaction, je ne participe pas aux manifestations du milieu gay, explique ainsi Guy, qui a créé un spectacle transformiste bien connu à Montpellier. Cela fait vingt ans que je vis avec la même personne, que j’ai construit un patrimoine avec lui. Je suis content que la loi le reconnaisse enfin, mais je n’étais pas nécessairement pour que cela s’appelle un mariage. Je trouve même dommage que les homos cherchent coûte que coûte à ressembler à tout le monde, alors que justement, il y a tellement de gens qui essaient de se démarquer ! C’est finalement cela qui a réveillé l’homophobie. A mon sens, le mot mariage n’était pas nécessaire. Et je peux vous dire que mon point de vue est partagé par beaucoup d’homosexuels. »
Après la manifestation, les partisans de la loi se sont dispersés dans la ville, certains rejoignant quelques-uns des bars connus pour accueillir la communauté homosexuelle. Mais rien de très marquant : les drapeaux, les banderoles sont rangées, les manifestants redeviennent des Montpelliérains et se fondent dans la masse, attablés à des tables en terrasse, au milieu d’autres Montpelliérains ou de touristes qui apprécient les premières soirées estivales. « C’est la particularité de cette ville, explique ainsi Philippe, attablé : « Finalement, il y a ici très peu d’établissements estampillés gay. La communauté est nombreuse, et va partout, c’est ça la vraie intégration ! » (Le Monde)
Nantes, 17 h 06, le SMS d’Aurélia à Céline : « Quand est-ce qu’on se marie ? »
Submergée par l’émotion, elle dit avoir pleuré un quart d’heure lorsque dans son écran, les députés de gauche ont scandé debout : « Egalité ! Egalité ! », après le vote de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Il était 17 h 06, ce mardi. Le portable de Céline, aide-soignante de 27 ans résidant près de Nantes, a aussitôt retenti. Message. « Quand est-ce que l’on se marie ? », lui demande par sa compagne Aurélia, branchée sur la radio au volant de son bus. Toujours par SMS, la réponse, « Dès que la loi est promulguée », a fusé.
« Avant, on nous tolérait. Maintenant, on nous reconnaît, exulte Céline. On a enfin les mêmes droits que les hétéros. S’il m’arrive un malheur, ma compagne pourra garder notre fille Léna. » Le couple, pacsé depuis avril 2010, a « fêté la victoire » à son domicile. « Dans le climat actuel, je ne voulais pas prendre le risque d’exposer Léna à d’éventuels débordements face à des partisans de la Manif pour tous. »
Léna a été portée par Céline, conçue via une insémination artisanale. « On va pouvoir dire à notre fille qu’elle a deux mamans. Seul mon nom est inscrit dans le livret de famille. A côté, figure la mention : Père inconnu. J’espère que notre fille pourra porter nos deux noms. »
Leurs noces seront célébrées dans l’intimité, avec les parents et quelques proches. Pour le reste, la discrétion restera leur lot quotidien. « On ne s’expose pas dans la rue, on ne se fait pas de bisous. C’est devenu une habitude. »
« Où va la France ? » C’est par ce SMS faussement provocateur – déchiffré à voix haute dans la rue – que l’on aborde Sophie, 46 ans, et Nathalie, 51 ans, quartier Kervégan à Nantes. « On a fêté au restaurant le vote, indiquent-elles. On était sûres du résultat. On s’est autorisé deux coupes de champagne. » Sophie, directrice d’association, vote traditionnellement à droite. Elle dit avoir « été meurtrie par la violence de nombreux propos homophobes, émanant notamment d’élus UMP. A tel point que ça me pousserait presque à ne pas voter aux prochaines élections. »
Nathalie, fonctionnaire ayant voté François Hollande, « en partie pour son engagement en faveur du mariage gay », abonde : « Il était temps que le débat se termine. Que des citoyens manifestent contre l’ouverture de droits à d’autres personnes, cela me choque terriblement. » Les deux femmes, pacsées depuis 2007, font part de leur intention de s’épouser en 2014. Elles n’auront pas d’enfant : « On s’est connues trop tard. Mais on milite pour les personnes qui viennent après nous. » Nathalie se dit « plus réservée » quant aux questions de la PMA, procréation médicalement assistée, et de la GPA, gestation pour autrui. Sophie estime pour sa part qu’il faut « mettre fin à l’hypocrisie car ces situations existent déjà. L’important, c’est de donner un cadre juridique. »
Au Petit marais, bar gay du quartier, Rodolphe, danseur de 25 ans, célibataire, confie qu’a priori, le mariage n’est pas sa tasse de thé, mais il n’exclut pas de changer d’avis. Quelques minutes auparavant, il a croisé dans la ville le cortège de la Manif pour tous : « On était une quinzaine de militants à leur faire face, en dessinant des V de la victoire et des cœurs avec nos mains. » Le débat, fustige-t-il, a « ouvert une brèche et libéré la parole homophobe que l’on avait presque réussi à faire taire. »
Une table plus loin se trouve Carole, infirmière de 38 ans. « Moi, je ne voulais déjà pas me marier quand j’étais hétéro, alors ça ne va pas changer, raille-t-elle. Mais l’égalité des droits pour toutes les personnes, au XXIe siècle, ça me paraît quand même la moindre des choses. » Elle se dit « dépitée » par la tournure des événements. « Les gens ont encaissé énormément de haine », lâche t-elle. Le gouvernement « a une grande part de responsabilité. La gauche a clivé le débat pour tenter d’occulter les difficultés sociales. » Electrice de Jean-Luc Mélenchon, elle déplore encore le traitement médiatique du sujet. « Au lieu de parler des vrais dossiers, de l’accord sur l’emploi passé avec le Medef, on a focalisé sur le mariage pour tous. »
Ludovic et Eric, commerçants quadragénaires pacsés depuis huit ans, évoquent « un jour historique ». Et veulent faire « un gros mariage, avec famille et amis » dès septembre. « Le mariage, c’est la célébration de notre amour, énonce Eric. Une vraie victoire. Il y a vingt ans de cela, à l’annonce de mon homosexualité, mon père a osé me déclarer : ‘Ce n’est pas grave, on va te faire soigner.' »
« Je vais pouvoir appeler Eric mon mari et non plus mon compagnon, ou mon ami », glisse amoureusement Ludovic. A leurs côtés, un ami célibataire énonce joyeusement : « Vous pourriez demander à Jean-Marc Ayrault, qui est encore conseiller municipal de Nantes, de vous marier. Ce serait chouette comme affiche, non ? » (Le Monde)

A Paris, violents incidents après la fin de la manifestation des anti-« mariage pour tous »
Les appels à la dispersion de La Manif pour tous en fin de rassemblement n’ont pas été suivis. Après plus d’une semaine de manifestations quotidiennes des anti-mariage homosexuel, de violents incidents sont venus clore une soirée de protestations contre la loi sur le « mariage pour tous », mardi 23 avril, sur l’esplanade des Invalides à Paris. Un débordement sans doute prévisible : quelques heures plus tôt, vers 17 heures, la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe venait d’être solennellement adoptée par l’Assemblée nationale. Mais rien ne laissait présager une telle intensité dans la révolte.
Il est 22 h 15 lorsque 100 à 200 manifestants se dirigent d’un pas déterminé vers l’entrée de la rue de l’Université, en direction de l’Assemblée. Le cortège de La Manif pour tous a été officiellement dissous une vingtaine de minutes plus tôt. Le dispositif de sécurité du collectif ne parvient pas à contenir les protestataires, qui semblent bien décidés à jouer les prolongations.
On voit les maillots rouge estampillés « Sécurité » être débordés puis se dérober peu à peu alors que des projectiles sont jetés contre les CRS barrant la voie.
Bouteilles en verre, cailloux et de nombreux pétards sont lancés en direction des forces de l’ordre. « On est chez nous, on est chez nous », « Hollande, ta loi on n’en veut pas » : les slogans fusent en alternance avec le jet de bouteilles de bière. Masques, lunettes de ski, foulards, ceux qui ont décidé d’en découdre sont assistés de guetteurs munis de mégaphones. Face à eux, la police ne répond pas.
En quelques minutes, plusieurs centaines de personnes issues de la manifestation précédente observent et rejoignent le groupe des belligérants. On ne distingue plus ni le spectateur ni le supporter, et encore moins les meneurs de jeu. Seule reste une foule compacte de 500 à 1 000 personnes. Les pulvérisations de gaz lacrymogène se font rares. L’attroupement agressif redouble d’intensité. Animés par une colère non dissimulée, ils n’agitent pas de drapeaux rose, blanc et bleu. Leurs étendards sont plus imposants. Vendéens, pirates, fabrication maison, on ne sait pas bien à quelle organisation ils appartiennent.
Soudainement, aux alentours de 23 heures, un détachement de ces manifestants se met en tête de déloger les journalistes postés aux premières loges. Une course-poursuite s’ensuit, de la rue Constantine jusqu’au quai d’Orsay. « Collabos, salauds, pourris », entend-on hurler. Plusieurs reporters sont projetés au sol. Journalistes et photographes témoignent sur leurs comptes Twitter avoir « été tabassés » ou « pris à partie ». Les échauffourées ne s’arrêtent pas là. Une dizaine de personnes s’emparent de barrières, de barres de fer, de gaines électriques laissées sur un chantier du quai de Seine, pour les lancer sur la police.
Face à une telle violence directe, les CRS et gendarmes mobiles resserrent les rangs. Les manifestants sont finalement regroupés sur les pelouses de l’esplanade, de part et d’autre d’un groupe de quelques 500 « veilleurs » agenouillés pacifiquement à la lueur de bougies.
Jusqu’à minuit, les pressions des manifestants ne cessent pas. Et, comme si de rien n’était, certains s’extirpent de la foule, rangent leurs foulards dans la poche intérieure de leur manteau et allument une cigarette, loin de l’agitation. Lorsque les « veilleurs » lèvent le camp en entonnant des chants scouts, la fin des débordements semble proche. Il faudra pourtant attendre 1 h 10 du matin pour que le quartier retrouve son calme. Douze personnes ont été interpellées.
Dernières infos :
Dix manifestants ont été placés en garde à vue mercredi pour « violence » à la suite des incidents, a indiqué une source judiciaire à l’AFP. Ils sont suspectés de s’être servis d’objets divers volés sur un chantier (pavés, barrières de chantier, barres de fer, gaines électriques) pour les lancer sur les forces de l’ordre, sur le quai d’Orsay. (Le Monde)

Pendant ce temps là, à droite : « Mariage pour tous » : l’UMP divisée face au FN
L’image a suscité l’embarras dans les rangs de la droite. Dimanche 21 avril, onze ans après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, des élus UMP et FN ont défilé côte à côte et derrière la même banderole lors de la manifestation contre le mariage pour tous. Cette première en a choqué plus d’un. Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, y a vu « une sorte d’acte fondateur entre la droite et l’extrême droite ». Des élus UMP présents à la manifestation, tel Patrick Ollier, ont immédiatement affirmé au Monde que cela les dérangeait d’avoir le député FN Gilbert Collard à leurs côtés.
Cet épisode, qui survient moins d’un an après une campagne présidentielle très droitière de Nicolas Sarkozy, a suscité un recadrage de la part du président de l’UMP. Jean-François Copé, qui récuse toute volonté d’alliance avec le parti de Marine Le Pen tout en jugeant que son parti ne doit pas s’interdire d’investir des thématiques chères au FN, a souligné lundi sur RTL qu’il « n’accepterait aucune collusion avec l’extrême droite », parlant d’un « voisinage malheureux ».
Mais dans les rangs de l’UMP, certains ne se montrent pas gênés par cette image de rassemblement des droites. C’est notamment le cas des sarkozystes. S’ils excluent toute idée d’alliance avec le FN, ils ont justifié le défilé commun avec des arguments dans la lignée de la déclaration de Nicolas Sarkozy, pendant la campagne présidentielle, jugeant le FN « compatible avec la République ».
« Tous ceux qui veulent manifester contre le mariage pour tous ont le droit de le faire », a ainsi fait valoir le député des Yvelines, Henri Guaino. « Le FN n’est pas une organisation politique interdite. Gilbert Collard est un élu », a poursuivi mardi, sur France Info, l’ancien conseiller de l’Elysée.
Même tonalité chez Guillaume Peltier, chef de file du courant sarkozyste, la Droite forte. « Je considère que dans une manifestation, tout le monde a le droit de manifester (…) Le FN n’est pas un parti interdit et Gilbert Collard est un député de la nation comme n’importe quel autre parlementaire », a estimé, mardi sur LCI, l’ancien membre du FN, puis du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers.
Le plus fidèle sarkozyste, Brice Hortefeux, a entonné le même refrain dès dimanche. « Manifeste chaque citoyen qui partage les convictions de ceux qui ont organisé la rencontre. Donc moi, je ne me préoccupe pas des autres », a jugé le vice-président de l’UMP, interrogé lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
Le sénateur UMP de la Meuse, Gérard Longuet, ne s’est pas montré choqué lui non plus par la présence de l’extrême droite aux côtés de membres de son parti dans le défilé. « Ce thème de la famille est transcourants, gauche, centre, droite, extrême droite », a estimé lundi sur LCI l’ex-ministre, qui a milité au sein d’Occident, un groupe d’extrême droite, lors de sa jeunesse.
Au sein du principal parti d’opposition, d’autres voix se sont élevées pour désapprouver la présence de Gilbert Collard aux côtés d’élus UMP. « Bien évidemment, ça ne me satisfait pas », a déclaré Christian Estrosi, mardi, sur Canal +. « Je n’ai pas manifesté (…) ça m’évite de me retrouver dans une situation inconfortable, à côté de gens que je n’ai pas envie de supporter », a ajouté le député des Alpes-Maritimes.
Les autres ténors du parti ne sont pas montés au front pour condamner davantage cet épisode. Seul Bruno Le Maire a pris ses distances publiquement avec cet épisode. « Ça me gêne de voir côte à côte » des parlementaires FN et UMP pour une cause commune, a déclaré le député de l’Eure, lundi sur Radio Classique, soulignant que son parti n’a « rien à voir avec le FN ».
Interrogé par Le Monde, l’ex-ministre de l’agriculture appelle son parti à formuler des propositions fortes en matière économique, européenne et sociale pour marquer sa différence avec le FN. « Il ne suffit pas de dire que l’on va se distinguer du FN et dire qu’on n’a rien à voir avec ce parti, il faut le prouver en s’en démarquant sur le fond », estime-t-il.
Même s’ils n’en pensent pas moins, les autres quadras et François Fillon ne se sont pas exprimés publiquement sur cette cohabitation ponctuelle contre le mariage gay. M. Fillon, qui n’a pas souhaité faire de commentaires, juge « plus que jamais hors de question » une éventuelle alliance avec le FN, précise son entourage. « Vouloir se rapprocher des extrêmes revient à empêcher tout redressement national », estime l’ex-premier ministre, selon un proche. Mais M. Fillon n’en dira pas plus.
Service minimum également pour Nathalie Kosciusko-Morizet. Interrogée par Le Monde, la candidate aux municipales à Paris a regretté – comme M. Copé – un « voisinage très malheureux » en rappelant qu’elle condamnait « tout rapprochement avec le FN, qu’il vienne de l’UMP ou du PS ». Silencieux lui aussi, Jean-Pierre Raffarin « ne peut évidemment pas cautionner une quelconque collusion entre l’UMP et le FN », indique son entourage.
Le député Benoist Apparu (Marne) tente de son côté de minimiser cette image de rassemblement des droites pour ne pas donner du crédit aux accusations du PS. « Même s’il aurait mieux fallu éviter une telle photo, elle ne doit pas être interprétée comme le signe d’un rapprochement entre l’UMP et le FN, affirme au Monde l’ancien ministre. Collard a réussi son coup, c’est tout… » « Il n’ y a finalement rien de nouveau : cela fait plus de vingt ans qu’un courant plus radical traverse la droite. Il s’incarnait déjà avec Pasqua du temps du RPR », relativise ce proche d’Alain Juppé.
Sous couvert de l’anonymat, un ancien ministre de poids de Nicolas Sarkozy estime que la majorité des dirigeants du principal parti d’opposition restent discrets sur cet épisode pour ne pas se couper de leur base. Une bonne partie de l’électorat de droite étant radicalisé par l’opposition au mariage gay, se positionner à contre-courant pourrait se révéler risqué et se payer, à terme, dans les urnes.
La présence de M. Collard aux côtés d’élus UMP et les réactions qu’elle suscite illustre les deux lignes différentes qui traversent la droite, selon cet ancien ministre. « Il y a la ligne Buisson, qui consiste à dire : ‘On ne veut pas du FN tout en flirtant avec ce parti’ et l’autre, portée vers le progrès et la prise de hauteur », résume-t-il. Toute la question est de savoir quelle est celle qui va dominer l’autre, à terme, au sein du principal parti d’opposition. (Le Monde)

Le Jour d’après :
Mariage homo : François Hollande « appelle chacun à chercher l’apaisement »
Sitôt la décision du Conseil constitutionnel rendue, « je promulguerai la loi qui sera la loi de la République », indique le chef de l’Etat.
François Hollande « appelle chacun à chercher l’apaisement » maintenant que le projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels a été voté. Le président de la République a fait une brève déclaration devant les caméras, mercredi 24 avril, à l’issue du Conseil des ministres.
Il a de nouveau défendu cette réforme de société, qui était le 31e de ses 60 engagements de campagne présidentielle. Elle « élargit les droits des homosexuels sans rien enlever à personne », a-t-il fait valoir, ajoutant : « Cette réforme va dans le sens de l’évolution de notre société et je suis sûr qu’elle en sera fière dans les prochains jours ou plus tard, parce que c’est une étape vers la modernisation de notre pays, vers plus d’égalité, plus de liberté, les principes qui fondent notre République », a-t-il déclaré.
Il a précisé qu’il promulguerait la loi sur le mariage homosexuel « aussitôt donnée » la décision du Conseil constitutionnel, saisi mardi d’un recours par les parlementaires UMP. Les juges constitutionnels disposent d’un délai d’un mois pour se prononcer.
« D’ici là », a dit François Hollande, « je cherche et j’appelle chacun à chercher l’apaisement, c’est-à-dire la compréhension, le respect, parce que tout maintenant doit être concentré, consacré, à ce qui est l’essentiel, c’est-à-dire, la réussite économique de notre pays et la cohésion nationale ».
Désormais, pour le chef de l’Etat, il faut se rassembler sur l’emploi. « Aujourd’hui plus que jamais le rassemblement du pays doit se faire sur ce qui est attendu par beaucoup de nos compatriotes : l’emploi, le redressement, la confiance », a déclaré le président de la République.
Cette déclaration survient au lendemain de l’adoption définitive, par l’Assemblée nationale, du projet de loi « mariage pour tous ».
Malgré son opposition farouche au mariage pour tous, l’UMP Hervé Mariton, maire de Crest (Drôme), a lui-même redit qu’il procèderait aux mariages. « Par respect des personnes et par respect de mes adjoints auprès desquels je ne conçois pas de déléguer ce qui me gênerait moi et parce que je n’ai pas de raison de me considérer comme gêné », a-t-il dit
Mais les détracteurs du texte se disent déterminés à « ne rien lâcher » et à entrer « en résistance pacifique », selon les mots de Frigide Barjot, l’égérie de la Manif pour tous, principal collectif d’opposants au projet. Deux nouvelles manifestations sont prévues les 5 et 26 mai….
Reste que la France ressort plus divisée qu’elle ne l’était, a regretté le président du MoDem, François Bayrou, expliquant que « le bilan des mois de discussions » comportait pour lui « de l’amertume ». La droite reproche au gouvernement d’être resté sourd aux revendications des opposants, et flou sur ses intentions en matière de procréation médicalement assistée (PMA).
« Ce n’est pas une affaire terminée », a prévenu mercredi Jean-Pierre Raffarin, évoquant « une faute majeure de l’exécutif d’avoir divisé les Français à un moment où il fallait les rassembler pour l’emploi ». L’ancien Premier ministre UMP a assuré que « la politique familiale sera un grand enjeu des municipales » et que l’UMP va préparer « un grand texte » sur ce thème. Mais les responsables UMP se sont pour le moment montrés divisés sur la marche à suivre en cas de victoire. (Le Nouvel Observateur)

Mariage gay : la ligne Copé vivement critiquée à l’UMP
La manière dont le président de l’UMP, Jean-François Copé, a décidé de mobiliser ses troupes contre le « mariage pour tous » continue de susciter des remous au sein du principal parti d’opposition. Le sujet a donné lieu à de vifs débats, mercredi 24 avril, lors du bureau politique de l’UMP.
Franck Riester, qui est l’un des rares députés UMP à avoir voté pour le texte du gouvernement, a de nouveau regretté la position de son parti sur le sujet. « Nous n’aurions pas du nous mobiliser autant. Nous avons chauffé à blanc les Français », s’est indigné le maire de Coulommiers (Seine-et-Marne), proche de Jean-François Copé, après avoir appelé son camp à ne « pas mettre de l’huile sur le feu » dans un entretien au Monde daté du 17 avril.
« L’UMP perd les électeurs modérés et n’en regagne pas du côté des extrêmes », a ajouté M. Riester, manifestement inquiet par la stratégie de droitisation de son parti. « La photo avec Collard est ravageuse », a-t-il encore déploré, suite à la présence du député d’extrême droite Gilbert Collard aux côtés d’élus UMP dans la manifestation, dimanche 21 avril. « Il n’y a pas de lien entre l’UMP et le FN », a rétorqué M. Copé.
De son côté, Bruno Le Maire s’est opposé à la volonté de Jean-François Copé de transformer la grande journée de manifestation antimariage gay, prévue le 26 mai, en une manif « anti-Hollande ». « La loi est votée. La manifestation du 26 mai n’est pas la nôtre. Notre famille est celle de l’ordre républicain, celle qui respecte les textes adoptés par le Parlement », a fait valoir le député de l’Eure. « Nous ne pouvons pas nous mettre a la traîne d’un mouvement qui n’est pas le nôtre », a-t-il tranché. L’ex-ministre de l’agriculture s’oppose ainsi à la ligne fixée par M. Copé, qui consiste à jouer le peuple contre la représentation nationale.
Quant à M. Copé, il a réaffirmé sa volonté de surfer sur la mobilisation contre le mariage pour tous pour affaiblir l’exécutif. « Notre place est de manifester. Des gens de droite et de gauche manifestent. C’est un débat sur les valeurs », a-t-il fait valoir. (Le Monde)

En Bref :
Mariage gay : Henri Guaino et Luc Chatel ont voté oui par erreur !!!!
Dans le camp de l’UMP, trois opposants au projet de loi ont voté oui par erreur, rapporte Le Lab: le modéré Luc Chatel, le discret Alain Chrétien et plus surprenant, Henri Guaino, « anti » pur et dur de la première heure. Le premier a indiqué avoir voté par procuration et n’est donc pas responsable. Quant aux deux autres… Acte manqué? Émotion? Rappelons qu’un député n’a le choix qu’entre trois boutons: oui, non, abstention. En tout cas, les trois élus ont rapidement demandé la modification de leur vote. « Vous avez vu le bordel qu’il y avait ? J’ai jamais vu un tel bordel à l’Assemblée! Il y avait trois boutons qui clignotaient, oui, je me suis trompé de bouton! », s’est défendu Henri Guaino, interrogé par Le Lab. Comme à chaque évènement risible, Twitter a très vite détourné l’erreur d’Henri Guaino.…. (Huffington Post)
Mariage homo: Henri Guaino ne pourra pas « corriger » son vote !!!!
Peu après le vote solennel ouvrant le mariage aux couples homosexuels, on apprenait que le député des Yvelines Henri Guaino avait voté en faveur d’un texte qu’il a passé des mois à décrier. Son intention de rectification a été largement reprise, et l’analyse du scrutin publiée par l’Assemblée mentionne bien l’erreur. Pourtant, le compteur indique toujours 331 voix pour. Peut-on vraiment « corriger » un vote à l’Assemblée?
L’article 68 du règlement de l’Assemblée est assez clair en la matière: « Aucune rectification de vote n’est admise après la clôture du scrutin. » Un recours ou une exception sont-ils possibles? A l’Assemblée, on est formel. « Non, tous les votes sont définitifs, les mises au point de l’analyse du scrutin sont purement indicatives », explique-t-on à BFMTV.com.
Il semble qu’Henri Guaino en ait pris acte puisqu’il indique sur son site web: « Suite à une erreur concernant son vote, Henri Guaino a demandé que sa volonté de voter contre le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe soit enregistrée dans le compte rendu de la séance. » (Rue 89)

Mariage homo : 3 députés UMP sanctionnés après des incidents
Le bureau de l’Assemblée nationale a décidé mercredi 24 avril, à l’unanimité, de sanctionner trois députés UMP pour des incidents survenus lors du débat sur le mariage homosexuel, a annoncé son président Claude Bartolone, dans un communiqué.
Ces députés, Yves Albarello, Daniel Fasquelle et Marc Le Fur, se voient infliger « un rappel à l’ordre », la plus légère des sanctions prévues par le règlement de l’Assemblée et qui n’implique aucune conséquence financière. Dans un premier temps, Claude Bartolone avait fait état d’un « rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal », qui signifie la privation pendant un mois du quart de leur indemnité parlementaire (environ 1.400 euros), aux termes du règlement de l’Assemblée.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, à la fin du débat sur le mariage homosexuel, des députés UMP étaient descendus en bas de l’hémicycle, car ils étaient furieux de la mimique ironique d’un fonctionnaire du ministère de la Justice, qui siégeait au banc du gouvernement derrière Christiane Taubira. Tandis que les députés UMP hurlaient « dehors, dehors », et que les huissiers s’interposaient, des coups auraient été échangés. Dès la fin de la séance, Claude Bartolone avait annoncé son intention de demander au bureau de visionner la vidéo de ces incidents, et de prendre des sanctions.
Le bureau, outre ces sanctions et la lettre au ministre, a aussi décidé qu’une déclaration « rappelant les députés à veiller à leur comportement dans l’hémicycle », serait lue le 14 mai prochain, à l’ouverture de la séance des questions au gouvernement. (Le Nouvel Observateur)

Mariage pour tous : retour sur l’ultime incident de ces débats
C’est arrivé subitement ; un, deux, dix puis tous les députés de la gauche qui se tournent vers les tribunes du public et se mettent à crier en agitant les bras dans tous les sens, mardi 23 avril, quelques instants à peine avant le vote solennel et définitif du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.
Dans une grande confusion, au dessus des bancs socialistes, un nombre indéterminé de personnes ont commencé à manifester publiquement leur opposition, ce qui est strictement interdit dans ces tribunes. L’un d’entre eux avait les bras tendus, faisant des « V » de victoire des deux mains pendant qu’un autre déployait une banderole affichant le mot « référendum » en grosses lettres capitales rouges et noires.
Les fauteurs de trouble ont été rapidement emportés manu militari par les huissiers.
Claude Bartolone a annoncé après l’incident de mardi son intention de porter plainte « parce qu’il y a un agent qui a été blessé dans cette bousculade » et « parce qu’il n’y a pas de place pour les ennemis de la démocratie au sein de l’Assemblée nationale ». Selon le Parquet, M. Bartolone n’a pour le moment pas formellement déposé plainte, mais d’autres l’auraient fait pour lui.
Le jeune homme de 22 ans qui a déployé la banderole a été remis dans la soirée à la police avant d’être placé en garde à vue (il pourrait y rester jusqu’à vendredi). S’il n’est pas encore certain que l’infraction commise à l’encontre de l’agent puisse être constatée, l’homme encourt, s’il est poursuivi, une peine maximale d’un an de prison et 15 000 euros d’amende pour « rébellion sur personne chargée d’une mission de service public ».
Restera une dernière enquête a mener pour savoir quel député avait invité ces opposants (le public ne pouvant venir que sur invitation d’un élu). A peine arrêté, perturbateurs ont pris bien soin de déchirer leur ticket de séance pour qu’on ne puisse pas y lire le nom de l’hôte. Mais le registre d’entrée, minutieusement tenu par les services de l’Assemblée devrait permettre de remonter la piste. (Le Monde)

Célébrations de mariages gays : Christine Boutin a changé d’avis
Le revirement, c’est maintenant. Christine Boutin a changé d’avis sur le mariage gay. Non pas sur le fond, elle est y toujours opposée. C’est du côté de sa mise en œuvre que Christine Boutin voit désormais les choses autrement.
« Je suis une femme respectueuse de la loi, une démocrate. Si la loi [autorisant le mariage homosexuel] était votée, je l’appliquerais » affirmait-elle en août 2012 sur le plateau de C dans l’air.
Et pourtant après l’adoption définitive de la loi instaurant le « mariage pour tous » par l’Assemblée nationale ce jeudi 23 avril, la présidente du Parti chrétien-démocrate fait machine arrière sur BFMTV : »Si j’étais maire, je ne marierais pas un homosexuel ». (Huffington Post)

Frigide Barjot annonce des candidatures aux municipales de 2014
La chef de file des anti-mariage homo Frigide Barjot affirme, dans un entretien au quotidien régional Corse-Matin, que son mouvement présentera des candidats aux élections municipales de 2014. Selon la militante, à la tête d’une nouvelle manifestation dimanche après-midi à Paris, le collectif La Manif pour tous, qui mène la fronde contre le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux homosexuels depuis six mois, va «investir le terrain électoral dès les prochaines élections municipales de 2014».
«Sous une forme et une appellation qui restent à définir, nous allons présenter des candidats dans les villes dont les élus n’ont pas joué le jeu», affirme-t-elle dans les colonnes du quotidien corse. Tout en précisant: «Et ne comptez pas sur moi pour vous en dévoiler la liste, ce sera une surprise…»
Tout au long de la semaine, des manifestations quotidiennes près de l’Assemblée nationale ont été émaillées d’incidents, donnant lieu à plus d’une centaine d’interpellations. Le texte, qui fera de la France le 14e pays au monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, doit être voté mardi à l’Assemblée nationale.
Frigide Barjot affirme également à Corse-Matin que la manifestation nationale du 26 mai à Paris «ne sera que la première d’une nouvelle ère» : «Elle agrégera bien d’autres doléances contre la politique du gouvernement de François Hollande, notamment tout ce qui touche à la famille, au problème de l’euthanasie», annonce-t-elle. (AFP/Libération)

Vu de l’étranger :
Retour de goupillon
Le 23 avril, la France est devenue le neuvième Etat européen à étendre le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Mais, contrairement aux autres pays, cette mesure prise au nom de l’égalité a provoqué l’hostilité farouche, voire violente, d’une partie de l’opinion publique. Un héritage du rapport des Français à la religion.
Au départ, il voulait réconcilier les Français. C’est du moins ce que François Hollande avait promis pendant sa campagne. Au lieu de quoi, il a monté ses compatriotes les uns contre les autres dès sa première année au pouvoir en introduisant le « mariage pour tous » et ravivé ce que l’historien Emile Poulat avait appelé « la guerre des deux France ».
Depuis que la France, « fille aînée de l’Eglise », a séparé l’Eglise de l’école (en 1882) puis de l’Etat (en 1905), la guerre couve entre ceux qui justifient cette « laïcité » au nom du « progrès » et de la « modernité » et ceux qui y voit une atteinte à un ordre social évolué et voulu par Dieu.
Bien que les « deux France » aient subi de multiples transformations, le conflit qui divise la société se réveille à intervalles réguliers – comme aujourd’hui, à l’occasion de l’adoption prévue du mariage homosexuel.
Depuis que le gouvernement de gauche de Jean-Marc Ayrault a présenté ce projet de loi qui vise à étendre les droits du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, le pays est en effervescence. A Paris mais aussi partout dans le pays, les défenseurs de la famille traditionnelle s’organisent. « Papa + Maman, y a pas mieux pour un enfant », peut-on lire sur leurs banderoles.
Des citoyens qui ne mettaient pas les pieds à l’église se sont également joints à la vague de protestation. Mais l’Eglise catholique et son vaste réseau composé d’écoles, de paroisses et d’associations ont activement soutenu le mouvement. Les hauts représentants de l’islam et du judaïsme ont à leur tour rejeté unanimement le mariage homosexuel. La levée de bouclier déclenchée par le projet de loi rallie également une génération de jeunes Français qui ne s’étaient jusque-là engagés ni politiquement, ni religieusement.
Les opposants partagent une même crainte : celle que la gauche laïque, en se détournant du mariage traditionnel et de la famille, n’abandonne un fondement de la société chrétienne occidentale. Les promesses de Christiane Taubira, la ministre de la Justice, pour laquelle le « mariage pour tous » est le préambule à une « nouvelle civilisation », a conforté les opposants dans leurs craintes.
Un retour en arrière sur les prémices de la laïcité permet de mieux comprendre la véhémence et la férocité de cet affrontement autour du mariage homosexuel.
Nulle part en Europe la religion n’a été chassée aussi brutalement de la vie sociale que dans la France du XIXème siècle finissant.
On a tout d’abord cru, après une période de déchristianisation qui a trouvé un cruel point d’orgue en 1793, que la révolution allait être suivie d’un retour du catholicisme. Les « pères de la laïcité », Jules Ferry et Léon Gambetta, se voyaient comme des esprits éclairés. La défaite de la France lors de la guerre de 1870 les a confortés dans leur conviction selon laquelle les générations futures devaient recevoir une éducation profane. En mars 1882, un texte de loi faisait disparaître le catéchisme, l’histoire de la Bible et toute référence aux autres religions dans les manuels scolaires. Depuis lors, l’instruction religieuse ne figure plus dans aucun programme de l’école publique française.
Les prières publiques ont été interdites. Les symboles chrétiens sont prohibés dans l’ensemble des bâtiments publics, comme les écoles, les hôpitaux et les tribunaux. Le droit au divorce a été (ré)introduit en 1884. Mais une partie du pays s’est montré réfractaire au changement. Malgré l’instauration de la scolarité obligatoire en 1882, beaucoup de Français ont refusé, notamment dans les régions rurales, d’envoyer leurs enfants à « l’école sans Dieu ».
Des affrontements houleux ont eu lieu pendant la première moitié de l’année 1906, après l’accélération de la laïcisation des institutions. En 1904, les congrégations se sont vu interdire d’enseigner, ce qui se traduisit par le départ de milliers de religieux. Le gouvernement décrétait un concordat unilatéral.
La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat a été adoptée en décembre 1905. Depuis lors, l’Etat ne soutient plus financièrement les communautés religieuses et ne prélève plus d’impôt au bénéfice des Eglises.
Trois départements de l’Alsace-Lorraine qui appartenaient à l’Allemagne en 1905 et sont toujours soumis au régime concordataire font exception à la règle.
Dans un contexte de laïcisation croissante de la société et de recul de l’anticléricalisme, les catholiques se sont accommodés de la « laïcité ». L’offensive de l’Etat contre le mariage a toutefois ravivé un vieux sentiment viscéral selon lequel toutes les institutions chrétiennes sont vulnérables.
L’ironie veut que les jeunes manifestantes opposées au « mariage pour tous » s’affublent du bonnet phrygien, une coiffe qui était naguère symbole de liberté pour les révolutionnaires et donc pour cette France qui défendait les droits de l’homme, le progrès et la séparation de l’Eglise et de l’Etat face au camp de la restauration et du cléricalisme. (Frankfurter Allgemeine Zeitung Francfort)

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